La TV, ce deuxième écran

Une étude de Nielsen montre que le Web a une influence sur l’audimat. La relation entre les deux semblait évidente, elle bénéficie désormais de chiffres pour les appuyer.

Suivant le graphique ci-dessous, on peut constater que les messages sur Tweeter impactent l’audience en moyenne à 29%, contre 48% dans l’autre sens.

etude Nielsen

 

Ce n’est pas une surprise, le lien est visible depuis un certain temps déjà : suivant l’heure de la journée, les tendances sur les réseaux sociaux suivent celles des programmes TV. On ne compte plus les acronymes d’émissions dites populaires, type TV réalité, reportages ou événements sportifs. L’influence de la TV sur la santé même des sites Web existe : à chaque fois que Capital parle d’un site, il le fait tomber dans la soirée… On retrouve ici le réflexe qu’on constate chez les utilisateurs de smartphones, à vérifier une information dès qu’il en a besoin. De fait, le téléspectateur n’hésite plus à lâcher le reportage et devient acteur en se jetant sur son navigateur pour aller vérifier ce qu’on lui dit, se faire sa propre idée, voir commenter sur un réseau.

Les chaines et le buzz

Nielsen constate que les films et séries bénéficient également de l’impact des tweets, plus pour les comédies que les drames, sans doute moins regardés ? Ou est-ce le principe effet buzz dont le coté instantané sied mieux à l’humour d’une fiction humoristique qu’au film d’ambiance ? Sans doute un peu de cela.

En revanche, le lien à double sens mériterait d’être étudié plus en profondeur sur les conséquences potentielles. Assistera-t-on désormais à une sorte de course au buzz de la part des chaines comme la presse le fait pour être dans le top de Google News ? Les Thénardier de la communication verticale orienteront-ils (le font ils déjà ?) les programmes de manières à gagner en visibilité dans les flux sociaux et donc gagner de l’audience ? Les marchands de temps de cerveau disponibles ont de la concurrence, malgré leurs tentatives de reléguer les écrans des terminaux tactiles derrière le terme deuxième écran. Je ne parviens plus à mettre la main sur cette interview, mais un patron d’une radio musicale expliquait que si par le passé il fallait relancer l’intérêt de l’auditeur toute les 40 secondes, il n’y a plus que 7 secondes aujourd’hui pour garder l’attention. Ainsi ces denrées-écoutables qui passent sur les radios FM doivent proposer ce type de divertissement cognitif, sous peine de perdre leurs auditeurs.

Il en va de même pour la TV, même si l’image, vivante de surcroît, est un puissant facteur pour attirer le regard. Face à une TV, l’imaginaire chute drastiquement, étant donné qu’on a face à soi un savant montage d’images. Mais l’attention du téléspectateur est loin d’être concentrée sur seulement la bête de foire qui parle de shampoing en imitant une conversation téléphonique. Chez lui, dans son salon, cohabitent de plus en plus une multitude de distractions multimédia, dont le canal est autre que l’écran plat de 107cm : tablettes, téléphones tactiles, consoles, ordinateurs fixe ou portable… Autant d’appareils qui ont tous un potentiel d’interaction infiniment supérieur à celui d’une TV, même dite connectée. Pire, avec leurs notifications qui lui disent « hého, regarde, y a quelqu’un qui TE parle ! »

Les yeux regardent quoi ?

Ce qu’il faudrait en complément de cette étude de Nielsen, c’est connaitre l’attitude des utilisateurs pendant ce moment où la TV braille et la timeline s’excite : que regardent-ils le plus ? Leur flux tweeter aux 300 messages/minute sur l’émission en cours ? Ou bien observent-ils en priorité Bernard de la Villardière en short dans les Bermudes avant de délivrer leur opinion sur le média social ? Un peu des deux. Loin d’orchestrer le buzz, les chaines l’accompagnent néanmoins. Mais, n’en déplaise à Ruquier, les bons mots peuvent survenir n’importe quand dans la multitude, et la recherche de chacun pour sortir la phrase qui assommera les tops tweets est par exemple un élément chronophage et assez mono tâche.

L’ensemble est consommateur en attention, en temps, en disponibilité de cerveau, même si pour la plupart des émissions, l’utilisation du cerveau pour comprendre ce qui se passe n’est finalement pas bien élevée (je sais, c’est facile…).

Mediametrie (alléluia) indique régulièrement que « les Français regardent de plus en plus la TV ». Je trouve que c’est présomptueux : tout ce qu’on sait, c’est que la TV est allumée, mais y a-t-il quelqu’un qui s’en préoccupe dans le foyer ? Peut-on considérer que l’objet ultime de la communication verticale est le centre d’attention, lorsqu’elle reste allumée sur les infos en boucle des chaines d’infos tandis que face à elle il y a un ordinateur portable, un smartphone (ce qui est la même chose), une tablette (un grand smartphone sans téléphone qui est en fait un PC portable…) ? La TV n’est-elle pas devenue une sorte de radio à domicile ?

D’aucuns diront que les TV sont connectées désormais. En fait, non, pas vraiment. Et quand bien même elles le sont, l’ergonomie permettant une interaction avec le Net est à des années lumières de celle obtenue avec un terminal tactile. Pour tout dire, ce qui est plus proche de l’idée d’une TV connectée, c’est le 3615 Youtube/Dailymotion/Vimeo… : contenus infinis, interactions sociales, pas d’heure prédéfinie, et depuis peu possibilité de stream ses propres contenus en live pour les chaines de plus de 100 abonnés (YT). La vrai TV connectée, c’est aussi un XBMC bardés de plug-in donnant accès à des « replays » parfois même de grandes chaines (Arte).

D’autres avanceront que les applications « deuxième écran » (on y revient) sont une autre approche des chaines. Au delà de leurs implémentations parfois sujettes à critiques, le gros souci reste la fragmentation qu’entraînent les applications dédiées. En raisonnant une application par chaîne, voir une application par émission, les chaines tentent le coup de l’écosystème, sans avoir l’intégration à la Apple, ou la profondeur de contenus d’un Google. Finalement, entre un live tweet qui vous parle de tout et un flux qui ne vous parle que d’une seule émission, avec de la pub en plus, vous prenez quoi ? Sauf à ce que l’émission soit réellement augmentée, comme ce qu’a proposé France TV avec le tour de France par exemple, l’intérêt est bien moindre à rester coincé dans un seul flux…

Finalement, la TV devient peu à peu le deuxième écran, celui vers lequel on jette un œil après avoir lu quelque chose qui en parle dans ses flux favoris…

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