Le CSA s’intéresse au Minitel tactile

Le CSA, renforcé par les 64 mentions de son sigle dans le rapport Lescure, se sent pousser des ailes. Ce week-end, c’est le Figaro qui a dévoilé la nouvelle idée de l’organisme régulateur du média mort de la TV : réguler les plateformes d’applications.

Les célèbres Appstore, Google play, amazon shop… sont donc dans le viseur du CSA, qui voit ces plateformes comme une sorte de Canalsat avec des millions de chaines qui diffusent des contenus. Le constat est simple : de plus en plus de Français utilisent leurs mobiles et les applications disponibles sur les plateformes pour avoir accès à un contenu, il faut donc se pencher sur ces acteurs incontournables (les éditeurs de plateforme, pas les Français…)

La problématique du CSA sur le Net étant de réguler les nombreux tuyaux menant à un contenu, il convient donc à l’institution de montrer qu’elle est incontournable en ajoutant SA plus-value : une capacité à régler les différents entre les éditeurs d’application et les propriétaires des plates-formes. Si le Figaro rappelle la mésaventure d’Appgratis le petit frenchy au bras assez long pour mettre en action une ministre, on peut se demander comment le CSA va pouvoir réellement mener la mission qu’il s’auto-attribue. Ainsi, le régulateur veillerait à ce que certains éditeurs ne soient pas évincés des plateformes.

Mais quels éditeurs ? Il suffit de disposer d’un compte développeur et d’utiliser quelques outils de plus en plus accessibles aux novices techniquement pour que n’importe qui soit éditeur.Tout le monde serait concerné ? Le régulateur devra-t-il seulement se cantonner qu’aux « grandes plateformes » et non à toutes ? Evidemment il est trop tôt pour y répondre, l’objectif étant avant tout d’occuper le terrain médiatique et politique en se positionnant comme étant acteur indispensable.

Dans la logique du Net « minitalisé »

D’apparence ridicule, cette idée s’inscrit dans un plan plus général. On se doute bien que sauf à avoir des moyens efficaces, il sera difficile de faire plier les géants du mobile qui ont conçu et développé des éco-systèmes entier et dont ils tirent de multiples bénéfices. De plus, les géants du mobile sont également étrangers (Américains généralement) avec leurs propres règles commerciales dont les éditeurs acceptent bon-gré malgré les conditions, et les faire accepter une régulation autre que la leur n’en sera que plus difficile.

Cependant, du point de vue de nos institutions et dirigeants, souvent le Net = le Web. Et ce dernier n’est vu que sous le point de vue marchand ; s’il y a bien un (sous-)ministère de l’économie numérique, la dimension Net-Citoyenne n’est que rarement prise en compte : l’internaute n’est qu’un consommateur. Voir un fournisseur de data à exploiter commercialement. Le mobile se prête parfaitement à ces mesures de régulation, il est déjà bien plus contrôlé que nos traditionnels accès internet :

  • forfait mobiles bridés en terme de protocoles internet
  • usages bridés par la technologie
  • usages contrôlés par les opérateurs et contenus modifiés (à la SFR)
  • terminaux limités en usages (ex : transformer sa tablette en serveur)
  • Applications contributives privatrices : prenez une photo avec instagram et regardez si elle vous appartient toujours…

Du coup, réguler les tuyaux à contenus est plus facile quand ceux-ci sont déjà pré-sélectionnés et grossièrement formatés. L’application n’est alors qu’une visualiseuse de contenus, mais plus facile à réguler, et donc à contrôler, au niveau de son mode de distribution que sur une armée de site Web qui se bataillent pour la première place dans Google News.

Le passionnant Benjamin Bayart explique très bien cette mutation en cours dans le documentaire « Une contre histoire des internet« .

Ce front ouvert avec les plateformes anticipe également la mutation de l’informatique en générale, qui se cloisonne de plus en plus en portails et plateforme spécifiques : Windows 8 souhaite aller dans ce sens avec son magasin d’applications, tout comme Ubuntu, tout comme le sont les plateformes de jeux vidéo ou encore de musique : des portails à consommation pure et exclusive, dans la plus belle tradition du modèle TV. Et comme le CSA a déjà de l’expérience dans ce média, voir le Net devenir un Canalsat le réjouirait…

paslol

 

Le net sera plus facile à réguler comme ça non ?

Si l’occasion de remettre « un peu d’ordre » dans un Internet peuplé de terroristes pédophiles (je viens de faire tilter deux filtres de la NSA avec ces mots), les politiques ne se gêneront pas pour « reprendre le contrôle sur l’ensemble du net » par le biais de la régulation.

Pour ce résultat ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>